Réflexions spéléologiques sur la découverte archéologique en grotte.


Par Jean-Luc Guinot
Publié sur la revue spéléologie : Spéléoc 2013

Comme chaque spéléologue le sait, nos chers massifs calcaires regorgent d’innombrables grottes et gouffres qui font la joie de tous les explorateurs et curieux du monde souterrain. Qu’il soit un simple promeneur muni d’une lampe de poche, ou membre d’un groupe de spéléologue équipé du dernier matériel high-tech, tous ces joyeux cavernicoles, pénètrent dans un milieu étrange où chacun se retrouve face à ses propres sensibilités.

Celles-ci peuvent être d’ordre sportif et technique avec la mise en place d’une épreuve engendrant dépense physique, ou bien artistique, avec cette fois une observation de l’esthétique et du plaisir visuel relatif aux formes, aux couleurs et aux concrétions. Il est également possible d’y rechercher des réponses au vaste domaine de l’étude scientifique voir à des questions d’ordre spirituel et philosophique.

Parmi toutes ces multiples approches, s’il est une chose de sûre et commune à toutes ces questions, c’est que ces sensibilités sont aussi anciennes que l ‘humanité. Depuis toujours, l’homme, en pénétrant dans ces lieux souterrains, avait des préoccupations précises par rapport aux cavernes qui était celle de son temps.

On constate donc, que les fréquentations des grottes par l’humain sont des de plus anciennes, soit une occupation étalée sur plusieurs millénaires. De nombreuses cavernes, en attestent comme par exemple la très célèbre grotte du Pech Merle dans le Lot où les peintures sont estimées à 25 000 ans. Mais on peut également trouver dans d’autres grottes du Quercy et d’ailleurs,  des témoignages bien plus anciens.

A partir de cette conclusion, il est facile d’en déduire que ne nombreux vestiges et traces de passage humain gisent potentiellement dans les galeries, salles, et boyaux, parfois sous des mètres de sédiments.

Toutefois, même si ces fréquentations ont été relativement importantes, elles n’ont pu se faire que dans des cavernes où l’accès fut possible à des époques anciennes. Une période où les cordes de 200 mètres et les supers bloqueurs n’existaient pas. C’est dire que les gouffres avec un P 80 d’entrée n’étaient pas franchement réalisables sans un risque certain….

En revanche, les cavités comportant étroitures, zones aquatiques et autres petits puits ou ressauts ne posaient pas réellement pas de problèmes à ces intrépides explorateurs. Leurs simples limites, étant la performance de leur éclairage. Elément totalement obligatoire de l’exploration souterraine. Par ailleurs, on remarquera, que plus leurs éclairages étaient fiables, plus ils se sont enfoncés profondément dans les cavernes. Par exemple, dans la grotte de Niaux en Ariège, on peut voir des figurations pariétales magdaléniennes réalisées à plus de 800 mètres de l’entrée.

grotte peureuse

 

 

 

 

 

Une des nombreuses grottes lotoises accessibles aux époques anciennes – Igue Peureuse. Photo JL Guinot

 

Au cour de fouilles archéologiques dans la grotte des « Fraux » en Dordogne, j’ai moi-même eu l’occasion de suivre avec minutie,  tous les passages où les hommes de ces époques ( 1300 ans avant notre ère) ont pu aller. Ceci en suivant les traces de charbon de bois, ayant servis aux éclairages de l’époque.

Le résultat de cette étude, qui m’a d’ailleurs étonné dans un premier temps, est que même à ces périodes anciennes, ces gens sont allés absolument partout. N’hésitant pas à franchir étroitures sévères et laminoirs, désescalades et petit ressauts.

On peut également voir dans le Quercy, des traces de fréquentation, datant de l’âge du bronze dans des grottes perchées en falaise, ou même sur quelques igues de faible profondeur avec tous de même des puits d’entrée d’une vingtaine de profondeur, comme par exemple le cuzoul de senaillac ( Lot ).

Il est bien évident que tous ces accès sont impossibles autrement qu’en utilisant des moyens avec un encordement ou un système d’échelle.

Tous ceci démontre bien la motivation qu’ont eu tous ces individus à explorer la moindre cavité, et ceci en prenant des risques conséquents.

Il est donc évident que le spéléologue moderne est donc loin d’être le premier à s’intéresser aux grottes, et il doit donc être des plus vigilant quant il aborde un terrain spéléologique, surtout  s’il est vierge d’exploration.

Il est fréquent de trouver dans des grottes faciles d’accès, des objets anciens ; poteries, fragments d’ossements, silex taillés.

Tous ces vestiges sont autant d’indices racontant une histoire. Une histoire humaine témoignant des préoccupations quotidiennes de nos lointains ancêtres.

Si l’on veut comprendre cette histoire, il est nécessaire d’aborder ces terrains comme des enquêteurs de police aborderaient une scène de crime. Un peu comme dans la série des « experts à Miami » à la télé, mais les lunettes de soleil en moins, si non dans les grottes on ne voit rien !

Tous ces objets doivent donc être considérés comme des « indices », et donc ne doivent pas être bougés. Le fait de tout « laisser en place » va permettre de reconstituer une partie de l’histoire humaine qui’s’y est déroulée et de répondre à quelques premières questions :

A qu’elles époques les humains sont venus ? Pour qu’elle raison aller dans ces grottes ? Durant combien de temps la grotte à été fréquentée ?

Grotte « temple » avec ses peintures, grotte sépulcrale et dépôts funéraires, carrière d’argile, four à poterie, extraction de minerais, point d’observation et de surveillance, abris, habitations ou simple curiosité, les raisons de fréquenter ces cavités sont très nombreuses. Mais si l’on veut comprendre et tenter de reconstituer l’histoire, chaque objet à son importance.

Par exemple, il peut arriver que l’on puisse reconstituer un vase entier ou simplement son profil à partir de tessons brisés au sol. Grâce à la forme de ce vase, on pourra déterminer à qu’elle époque il a été façonné et déposer dans une grotte.

Par comparaison avec des objets similaires, il sera possible de savoir où il a été fabriqué et qu’elle intention. On sait par exemple que des catégories de vases avaient des vocations purement funéraires.

Certains éléments de collier de coquillage, ou bracelet pouvait être parfois être fabriqué à des centaines de kilomètres de l’endroit ou ils ont été retrouvés. Ce qui démontre, et prouve que même à des époques anciennes, l’humain savait échanger et commercer des peuples et marchand parfois très  lointain.

Il apparait également que l’on retrouve des éclats de silex épars sur le sol. En les reconstituant, il est réalisable de reconstituer  un nucléus entier. On peut alors prouver que la taille s’est réalisée sur place, et donne là aussi une indication sur l’époque de fréquentation.

En revanche, un objet déplacé ou sorti de son contexte n’a pas vraiment d’intérêt. On ne sait pas dans qu’elle couche archéologique il se trouvait, on ne peut pas franchement pas savoir à quoi il servait, et si en plus, il est ramené à la maison, il ne sert à rien d’autre qu’à ramasser la poussière et à se faire houspiller par celui ou celle qui fait le ménage !

Le regard du spéléologue face à la découverte de vestiges doit donc partir d’un principe simple. Ne rien toucher et informer les services archéologiques.

Il est en effet plus intéressant d’apporter un petit plus à la connaissance scientifique du monde souterrain, que de ce comporter comme un chasseur de trésor, qui récupère les objets pour sa vitrine personnelle.

L’essentiel des découvertes en grottes ont été réalisées par des spéléologues, qui sont forcément en première ligne, puisque toujours à bricoler sous terre.

Une attention toute particulière doit être apportée, à toutes les explorations de nouvelles cavités et lors des travaux de désobstruction. C’est en effet ces moments là, qui sont les plus critiques par rapport à d’éventuelles découvertes.

Bien regarder, le sol et les parois, en particulier dans des grottes qui auraient pu être faciles d’accès, même si elles semblent actuellement obstruées par des sédiments.

Actuellement, c’est essentiellement grâce à  l’association entre spéléologues et archéologues que l’on sait aujourd’hui, tant de choses sur l’histoire de l’humanité au travers du monde souterrain.

Il existe par ailleurs de nombreux ouvrages de qualité sur ce sujet.

Depuis toujours, la grotte à su être l’alliée de l’humain au travers de son évolution. Et il est important de prendre conscience que nous sommes ni les premiers, ni les derniers à fréquenter cet environnement. Et que la découverte des vestiges anthropiques et paléontologiques doivent faire l’objet de la plus grande attention.  Afin que qu’elle profite à tous, par l’intermédiaire  de l’étude scientifique.

Jean-Luc Guinot

(Inventeur de la grotte ornée du Pech d’arsou – Lot)

 

grotte du pech d'arsou 2 

 

 

 

 

 

 

 

Grotte ornée du Pech arsou 2 - Lot  - PhotoJLl Guinot